Des milliers de tonnes de pommes de terre risquent de ne trouver aucun acheteur. Le chiffre est brutal, presque choquant. Et derrière cette crise, il y a une réalité simple. La filière a planté trop, trop vite, avant que les débouchés ne suivent.
Une récolte record, mais un marché sous tension
En 2025, près de 200 000 hectares de pommes de terre sont plantés en France. C’est environ 10 % de plus qu’en 2024. Au total, la production finale approche les 8 millions de tonnes. Sur le papier, c’est impressionnant. Dans les champs, c’est surtout le signe d’une surproduction.
Le problème, c’est que la demande n’a pas suivi. Les industriels de la transformation avaient des projets d’usines, en France et en Belgique. Mais ces nouvelles capacités ne sont pas encore prêtes à absorber tout le volume. Résultat, les producteurs se retrouvent avec trop de tubercules au même moment.
Des pommes de terre sans débouchés
La situation est tendue pour la campagne 2026-2027. Les prix baissent. Les volumes contractualisés avec les industriels diminuent aussi. Et en plus, il faut gérer les stocks de la campagne précédente avant l’arrivée de la nouvelle récolte. C’est là que le mot qui fait peur apparaît : plusieurs centaines de milliers de tonnes sans débouchés.
Les responsables professionnels restent prudents sur le chiffre exact. Mais ils évoquent un volume situé entre 800 000 tonnes et 1 million de tonnes. C’est énorme. Et cela pose une question très concrète. Que faire de toute cette marchandise quand personne ne la prend ?
Pourquoi le marché se bloque aujourd’hui
Sur le marché du frais, la consommation de pomme de terre stagne en France et en Europe. Les ménages en achètent toujours, bien sûr. Mais pas assez pour absorber une telle hausse de production. Côté industrie, les transformateurs se limitent aux volumes déjà prévus par contrat.
Les frites et autres produits transformés s’écoulent moins bien que prévu à l’export. Et la situation internationale complique encore les choses. La guerre au Moyen-Orient pèse sur certains marchés. Les pays du Golfe, comme l’Arabie saoudite, pourraient réduire leur intérêt pour ces produits pendant plusieurs mois.
Que deviennent les pommes de terre invendues ?
Une partie des volumes peut partir vers l’alimentation animale. Une plateforme a même été lancée fin février pour mettre en relation producteurs et éleveurs. L’idée est simple. Donner une seconde vie à ces pommes de terre plutôt que de les laisser perdre toute valeur.
La méthanisation et les dons alimentaires peuvent aussi absorber quelques tonnes. Mais cela ne suffira pas pour tout. À un moment, il faudra détruire des lots. Et c’est là que la filière entre dans une zone délicate, à la fois économique et sanitaire.
Destruction en bout de champ : une solution risquée
Déposer les pommes de terre en tas en bout de champ puis les bâcher peut sembler pratique. En réalité, cette méthode comporte un risque sanitaire. Bertrand Ouillon, délégué général du GIPT, prévient que cette pratique peut favoriser la propagation de maladies.
Le principal danger évoqué est le mildiou. Cette maladie peut se maintenir sur des lots mal gérés et contaminer d’autres cultures. C’est pourquoi un protocole sanitaire est en préparation avec les équipes d’Arvalis. L’objectif est clair. Détruire, oui. Mais sans créer un nouveau problème derrière.
Pourquoi les surfaces ont autant augmenté
Selon une étude menée en 2025 par l’UNPT et l’interprofession, ce sont surtout les nouveaux producteurs qui ont porté la hausse des surfaces. Les exploitants historiques ont, eux, augmenté plus doucement. Autrement dit, la filière a attiré de nouveaux acteurs au moment même où les besoins réels n’avaient pas encore rattrapé la production.
En deux ans, la surface cultivée a gagné 40 000 hectares. C’est beaucoup. Les producteurs ont pris un peu d’avance sur les futures usines de transformation. Le souci, c’est que cette avance se transforme aujourd’hui en trop-plein.
Faut-il réduire les plantations en 2026 ?
Depuis le début de l’année, les responsables professionnels demandent clairement aux producteurs de lever le pied. Ils incitent à réduire les surfaces pour éviter une nouvelle année de tension. Mais entre les conseils et les décisions de terrain, il y a souvent un écart.
Dans certaines régions, les plantations commencent à peine. Il faudra encore quelques semaines pour savoir si le message a été entendu. Ce sera un moment clé. Car si les surfaces restent élevées, la pression sur les prix et sur les débouchés risque de continuer.
Ce qu’il faut retenir de cette crise
- La France a produit beaucoup plus de pommes de terre que le marché ne peut en absorber.
- Entre 800 000 tonnes et 1 million de tonnes pourraient manquer de débouchés.
- Les solutions existent, mais elles ne suffisent pas pour tout écouler.
- La destruction de certains lots doit être encadrée pour éviter les risques sanitaires.
- La prochaine campagne dépendra fortement des choix de plantation de ce printemps.
Cette crise rappelle une chose simple. Dans l’agriculture, produire plus ne veut pas toujours dire gagner plus. Parfois, c’est même l’inverse. Et quand les stocks débordent, toute la filière se retrouve à chercher des solutions dans l’urgence.






