La campagne betteravière 2026 démarre vite, et pas sans tension. Au 24 mars, 80 % des surfaces de betteraves sont déjà semées. Sur le terrain, les agriculteurs retiennent surtout une chose. Les conditions ont été plutôt bonnes. Mais la suite, elle, reste loin d’être simple.
Des semis avancés, avec deux vraies fenêtres favorables
Selon l’ITB, les semis ont profité de deux périodes nettes. D’abord début mars. Puis entre le 17 et le 24 mars. C’est ce qui explique ce bon avancement. Pour les 20 % restants, la date moyenne pourrait se situer autour du 22-23 mars. Ce serait donc une campagne plutôt précoce, ce qui reste un bon point pour le démarrage de la culture.
Sur le papier, c’est une bonne nouvelle. Des betteraves semées tôt ont plus de chances de bien s’installer avant l’arrivée des pucerons. Et quand les plantes sont fortes, elles encaissent mieux les aléas du printemps. Mais tout dépend aussi de la météo des prochaines semaines. Un printemps rapide peut aider. Un coup de froid prolongé peut tout ralentir.
Le froid inquiète peu pour l’instant
Dans plusieurs secteurs, les températures sont descendues sous zéro. Jusqu’à -3 °C, parfois un peu moins au lever du jour. Pourtant, à ce stade, les professionnels restent plutôt sereins. Le froid ne semble pas vraiment inquiétant tant que les betteraves n’ont pas dépassé les premiers stades sensibles.
Chez Sébastien Loriette, dans les Ardennes, une partie des betteraves semées le 8 mars est déjà au stade cotylédons. C’est plus rassurant que le stade crosse. Dans d’autres parcelles, les semis ont été faits la semaine dernière. Le tout dans de bonnes conditions. Il y a là une forme de soulagement, presque palpable. On sent aussi, dans les témoignages, que beaucoup respirent un peu mieux quand les levées sont régulières.
Frédéric Choiselat, dans l’Aube, dit d’ailleurs qu’on évite souvent de semer trop tôt. La peur des gelées tardives reste bien présente. Et franchement, on comprend pourquoi. Quelques nuits froides suffisent parfois à semer le doute dans toute une campagne.
Le vrai risque, c’est la levée irrégulière
Si le froid ne semble pas très menaçant, un autre problème retient l’attention. L’ITB alerte sur un possible phénomène de battance dans certains secteurs. Les pluies ont interrompu les deux périodes de semis. Résultat, certains sols peuvent se refermer trop vite en surface. Et quand la croûte se forme, la levée devient plus difficile.
Le danger est connu. Des betteraves qui lèvent mal ou pas toutes en même temps créent des parcelles hétérogènes. Et derrière, tout devient plus compliqué. Le désherbage, la surveillance, la protection contre les maladies. Une parcelle régulière, c’est déjà la moitié du travail gagné. Une parcelle irrégulière, c’est souvent plus de stress et moins de marge de manœuvre.
Pucerons et jaunisse : la vraie inquiétude de la campagne
Si les semis se passent plutôt bien, les producteurs ne sont pas pour autant rassurés. Leur principale crainte, ce sont les pucerons et la jaunisse de la betterave. Et là, le sujet devient sérieux. Depuis plusieurs années, les agriculteurs demandent les mêmes outils que leurs voisins européens. Mais le sentiment dominant, c’est qu’ils avancent avec des moyens limités.
L’ITB a mené un échantillonnage fin janvier. Les résultats sont parlants. 37 % des betteraves présentes en culture de céréale post-betterave étaient contaminées. Plus de deux tiers des échantillons issus des cordons de déterrage l’étaient aussi. Cela confirme une pression virale déjà élevée. Les producteurs ne sont donc pas surpris. Ils savent que la campagne peut basculer très vite si les pucerons arrivent tôt.
Alexis Leherle le dit clairement. Sur deux sites situés à 30 km de distance, il a vu une forte différence. Un site a été très peu touché par la jaunisse. L’autre a subi une baisse de rendement d’environ 20 %. Voilà le genre d’écart qui marque une exploitation. Et qui pousse à redoubler de vigilance dès le début du printemps.
Variétés, désherbage, organisation : tout compte
Face à ces risques, les planteurs cherchent à sécuriser chaque détail. Alexis Leherle mise sur des variétés avec une bonne vigueur de départ. Il regarde aussi la tolérance à la cercosporiose, la résistance à la sécheresse, et d’autres critères selon ses sols. En décembre, le choix variétal ressemble déjà à un vrai casse-tête. Mais c’est souvent là que se joue une partie du résultat final.
Le désherbage est lui aussi préparé à l’avance. Le programme est établi selon la flore des parcelles. Ensuite, il s’adapte à la météo et à l’état de la culture. Certains préfèrent les produits simples. D’autres les mélanges prêts à l’emploi. L’avantage des produits simples, c’est la souplesse. Cela permet de corriger plus finement en cours de campagne. Le désherbage mécanique garde aussi sa place, avec un passage minimum, parfois deux si le sol le permet.
Une belle campagne au champ, mais un contexte économique très flou
Au fond, le paradoxe est là. Les semis sont plutôt réussis. Les betteraves semblent bien parties. Mais l’ambiance reste prudente, presque inquiète. Le prix des engrais, le coût du GNR, le marché du sucre fragile. Tout cela pèse sur les décisions. Et personne ne veut investir à l’aveugle.
Les exploitants parlent aussi de 2027, déjà. Certains réfléchissent à leurs commandes d’engrais. D’autres hésitent à cause de la trésorerie. Frédéric Choiselat va jusqu’à évoquer une mise en jachère de toute l’exploitation en 2027, si les conditions économiques continuent de se dégrader. La phrase peut surprendre. Pourtant, elle dit bien le malaise du moment.
Le problème est simple, et redoutable. Si les charges montent très fort et que les prix du blé et des betteraves ne suivent pas, l’équation ne tient plus. Alors oui, la campagne 2026 paraît mieux engagée que d’autres. Mais la vraie question est déjà là. Comment tenir dans la durée quand tout coûte plus cher et que les repères bougent sans cesse ?
Ce qu’il faut retenir maintenant
À ce stade, les semis de betteraves 2026 sont bien avancés. Les conditions ont été bonnes dans l’ensemble. Le froid inquiète peu pour le moment. En revanche, la battance, les levées irrégulières, les pucerons et la jaunisse restent au centre des attentions.
Autrement dit, la campagne est bien lancée. Mais elle ne fait que commencer. Et comme souvent en agriculture, les premières bonnes nouvelles ne garantissent rien. La suite se jouera dans les champs, jour après jour, avec la météo en arbitre silencieux.






